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Sémantique au rabais

Les “débats” sémantiques agitent le monde politico-médiatique (et vice versa !) depuis quelque temps, non sans prêter à sourire, parfois, sauf peut-être quand la matière dont ils traitent a des relents manipulateurs non assumés. Ainsi les termes “incivilité” et “ensauvagement”, le premier récemment employé par le président de la République et le second par le ministre de l’Intérieur.. Et l’on nous joue une polémique de comédie, surtout destinée à imprégner la conscience collective de motifs de peur et de haine à la fois. Les uns accusant les autres d’exagération, les autres accusant les uns de mauvaise foi, sur les plateaux complices des chaînes et des réseaux de presse dont tout le monde connait les propriétaires jaloux de leurs pouvoirs.

Incivilité ? Manque de courtoise, de politesse, de convenance, de savoir vivre, par la parole ou par les actes, pourrait-on penser. Il n’empêche que dans la bouche du président, ce substantif engloberait des actes ou des mots chargés de plus de violence encore. Sa façon de s’exprimer serait-elle empreinte de préciosité, comme l’exigeait l’étiquette de la cour royale ? Dans ce cas, ne serait-ce pas plutôt du mépris ?

Ensauvagement, maintenant. Le Trésor de la Langue Française (TLF) ne trouve ce mot nulle part ! Ce qui reviendrait à dire qu’il n’existe pas. Et pourtant, les acharnés des émissions et entretiens que nous avons déjà évoqués plus haut. Apparemment avec gourmandise et conviction. Et l’on y invite policiers et “spécialistes de la sécurité” (il en surgit de partout !). Personne n’est dupe. Darmanin a emprunté le terme au FN devenu RN -  l’emballage ne changeant rien au contenu – pour tenter d’instiller la peur dans la population et l’amener à Macron, pour 2022. Á mon avis, il conforte plutôt les partis lourdauds de Le Pen, Dupont-Aignan, Philippot, entre autres.

L’intéressant, à propos du fameux “ensauvagement”, outre qu’il semble ne pas exister réellement, réside dans sa signification possible. D’évidence, sa racine serait “sauvage”. Il est facile d’imaginer l’utilisation qui en fut faite lors des conquêtes des différents colonisateurs (tous occidentaux) des contrées lointaines, qu’elles fussent américaines, sud-américaines, australiennes ou africaines entre autres. Cette racine signifiant “naturel”, non modifié par la main de l’homme, fut donc utilisée par ces colons, à propos des peuplades rencontrées, tant elles leur paraissaient inférieures à la civilisation qu’ils amenaient avec eux, persuadés de leur supériorité. Ils leur léguèrent au passage les maladies, les réserves où les parquer, l’esclavage aussi.  Par conséquent, la résistance de ces peuples aux envahisseurs devint “sauvagerie”, ce qui convient parfaitement à nos petits politiciens et verbeux experts d’aujourd’hui. Oui mais, si l’on se réfère au sens premier du mot sauvage, soit : à l’état de nature, comme les animaux sauvages, les oies sauvages, les contrées sauvages, “ensauvagement” ne devrait être qu’un retour à la nature !

 

C.H

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